Archives mensuelles : avril 2014

Jean 3, 16-21 – Le temps de la méditation –

30 avril 2014

Jésus disait à Nicodème : Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu.

Lire le billet du jour sur le site de l’Abbaye de Tamié.

Il y a chez Jean une telle force fondatrice et poétique, qui ne s’adresse qu’à chacun et dont chacun ne peut répondre que face à lui-même, que je n’ai rien à dire. Sauf à entrer dans une explication de texte où je perdrais le fil de la méditation.

Jean-Marie Quéré

Jean 3, 7-15 – La transcendance –

29 avril 2014

Jésus disait à Nicodème : « Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »
Nicodème reprit : « Comment cela peut-il se faire ? » Jésus lui répondit : « Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? Amen, amen, je te le dis : nous parlons de ce que nous savons, nous témoignons de ce que nous avons vu, et vous ne recevez pas notre témoignage. Si vous ne croyez pas lorsque je vous parle des choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous parlerai des choses du ciel ? Car nul n’est monté au ciel sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »

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« Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais pas ni d’où il vient ni où il va » : quelle belle définition de l’inconscient ! Mais l’inconscient n’est pas un électron libre. Et s’il se structure par nos premières rencontres et notre histoire, il ne vient pas de nulle part. L’Esprit est son inspirateur et il ne se découvre pas dans un ailleurs. C’est de parler de ce qu’on sait et de ce qu’on voit et dans les choses de la terre que tout commence. L’élévation du Fils de l’homme transcende notre aptitude au langage comme rencontre avec l’éternel. A nier l’évidence de cette transcendance, tout enfant nouveau-né ne pourrait être inscrit dans le devenir de l’humanité et tout enseignement serait vain.

Jean-Marie Quéré

Qu’est-ce que l’amour ?

28 avril 2014
Cette conférence a été donné dans le cadre du CCASS de Saint-Genis les Ollières en juin 2013

Qu’est-ce que l’amour ? Quelle impossible question ! Et je ne suis pas sûr que le psychanalyste soit le mieux à même d’y répondre. D’autant plus qu’il a vis à vis de l’amour une position quelque peu subversive. En effet, pour lui, l’amour ne se définit pas par des comportements prenant appui sur des comportements valeureux. Le seul point d’appui à l’amour est, pour le psychanalyste, le désir inconscient. C’est dire à quel point nous n’y avons qu’un accès parcellaire. C’est pourquoi, il va nous falloir, avant de considérer l’amour comme étant tourné vers l’autre, l’envisager d’abord comme une excursion en soi.
Mon propos tentera de rappeler simplement quelques points du développement de l’enfant qui structurent ses relations d’amour. Nous verrons de quelle manière ces points  de structure  n’ont de cesse d’être réactualisés quotidiennement dans toutes nos relations d’amour, qu’elles soient conjugales, filiales ou amicales. Cependant, l’amour ne pourrait en aucun cas être réduit à ce qui s’est bien ou mal passé dans notre histoire. Au contraire, il nous faut considérer que notre histoire, quelle qu’elle ait été, révèle, qu’on le veuille ou non, ce que peut être l’amour. Ce n’est pas là la part la moins mystérieuse de l’amour. Telle la flèche de cupidon qui vient nous toucher au cœur avant même que nous allions à sa rencontre.

Le psychanalyste entretient avec le poète un lien d’affinité particulier. Sans doute parce que, tout comme l’amant d’ailleurs, le poète écrit et n’écrit que dans l’ordre de la subjectivité. Sa description des objets et du monde n’est en rien objective. Il ne dit pas ce qui est. Il dit ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il ressent. Avec une grande acuité, le poète est tourné vers l’intérieur de lui-même. Les mots qu’il emploie sont directement reliés à la parole qui siège en lui. Tout comme l’enfant, le poète parle avec son cœur. Comme tout ce qui touche au désir, il nous faut bien reconnaître que parler avec son cœur ne se fait jamais sans souffrance. Entendons ici souffrance comme ce qui vient nous altérer dans la certitude que nous avons de nous-mêmes et qui se manifeste à travers toute la palette des affects qui nous pétrissent et qui vont de la tristesse la plus profonde à la joie la plus grande, du désespoir le plus sombre  à l’espérance la plus éclairée. Cette intrication intime entre désir et souffrance, l’amant la sait mieux que quiconque.
Ne pas vouloir souffrir, c’est ne pas pouvoir supporter ce qui vient nous altérer. Autrement dit, ne pas vouloir souffrir empêche d’aimer. Lorsque la névrose prend le pas dans notre vie, il n’est plus possible de soutenir cette articulation entre souffrance et  désir. Ainsi, il n’est plus possible à l’humain de prendre soin de l’humanité en lui et en l’autre. Le désir reste tapi derrière la pathologie qu’il ne peut traverser et qui ne le transcende pas. La vie de l’homme n’est plus poésie. Elle n’est plus créatrice.

Comme tout travail de création, l’amour est laborieux. C’est dire qu’il nécessite du temps. Nous n’aimons ni en une fois, ni une fois pour toute. Nous le savons tous, sans la répétition besogneuse du quotidien, il n’y a pas d’amour qui se découvre. Je considère en effet, que l’amour humain n’est pas tant don que découverte. Aimer, c’est d’abord se découvrir soi-même. On le voit bien chez les adolescents, précipités trop tôt dans une relation sexuelle et qui ont un mal fou à se déshabiller, à se découvrir. L’acte même d’aimer et d’être aimé, ne peut être que le fruit d’une mise au travail avec soi-même. Tel le tailleur qui travaille la pierre. Il cisèle, il reprend sur le métier, il polit, il casse parfois. Mais étonnamment, inlassablement, il recommence toujours. L’objet qui se transforme entre ses mains perd ainsi son statut d’objet et devient progressivement symbole. Symbole qui  traduit un monde intérieur fait d’images, de sensations, de souvenirs, de sentiments. L’alliance, anneau d’or porté au doigt, est sans aucun doute le symbole par excellence. Elle dit autre chose que ce qu’elle est objectivement, un simple anneau d’or. Elle dit ce qui parle et que nous ne pourrions pas dire uniquement qu’avec des mots. Le symbolique dit l’invisible. C’est pourquoi la dimension symbolique permet de découvrir en nous l’invisible qui ne trouve les mots pour se dire que d’être rejoint. Ça nous touche. Ça nous parle. Ça nous parle au deux sens du terme : c’est à dire que le symbolique me parle à moi mais également parle de moi.
« Heureux celui qui chante pour l’enfant, heureux celui qui sanglote de joie pour s’être enfin donné d’amour, heureux les amants séparés» chante Jacques Brel.
C’est par intuition poétique qu’en quelques vers seulement, il passe de l’enfant à l’amant. Le bonheur de l’un semblable au bonheur de l’autre. L’un et l’autre se donnent d’amour et pleurent de joie. L’un et l’autre aiment par-dessus les hommes, par-dessus le monde. L’un et l’autre vivent avec la même intensité –la force de vingt ans-. L’un et l’autre ne trouve leur bonheur que dans la séparation. Dans sa manière de voir les choses, de les vivre, d’être en dehors du monde, l’amant dit à quel point il n’y a pas de fin à l’enfance. Avec le poète, nous redécouvrons que l’amant est un éternel enfant et l’enfant un éternel amoureux. L’enfance n’est pas une période de la vie qui dure 5, 10, ou 15 ans. Elle reste présente en chacun, vivante, traversant le temps qui passe, peu encline aux influences de la raison. Elle reste perceptible, à fleur de peau chez le timide ou le colérique, déniée chez l’homme qui se prend au sérieux, libre de chanter chez le poète. Qu’on le veuille ou non, elle donne au corps sa marque, sa manière d’être et d’entrer en relation, d’appréhender le monde.
Être adulte alors, ce n’est pas ne plus être un enfant, mais c’est donner à l’enfant que nous avons été la parole qui n’a pu être entendu ou qui n’a pu dire.
Autant parait-il évident de considérer l’amant heureux comme celui qui retombe en enfance, autant il est une des tâches les plus difficiles d’accompagner celui qui souffre des affres de la relation amoureuse jusqu’aux portes de son enfance. Pour l’amant éconduit, il n’y a bien souvent de réalité qu’immédiate. Un désir qui brûle ou se délite, une pulsion qui taraude et conduit sur des chemins de traverse, une maîtresse qui ne se donne pas, un mari qui part pour une autre, une déception qui confirme que personne ne l’aime. C’est pourtant d’abord et avant tout de son enfance dont l’amant souffre.
Être amoureux renvoie à la toute première relation amoureuse, celle dans laquelle chacun a été impliqué malgré lui : à savoir la triade mère, père, enfant.
En ça, la relation amoureuse n’est jamais une relation duelle. Elle convoque nécessairement la dimension tierce. En rigueur de terme, il n’y a de relation amoureuse qu’au regard de cette trilogie. Vous l’aurez compris, je vous conduis ici jusque vers le complexe d’Œdipe. Complexe d’Œdipe qui n’est pas pour l’enfant un point de départ dans la relation amoureuse mais au contraire sa résolution. En effet, la problématique œdipienne ne commence pas à cinq ans lorsque le petit garçon pense que quand il sera grand il se mariera avec sa mère et que la petite fille est sensuellement attachée à son père. La problématique œdipienne est présente dès la naissance, voire dès la conception de l’enfant, au regard de la relation qui lie tout couple appelé à devenir parents.

Le complexe d’Œdipe comporte trois temps.

I – Premier moment de l’Œdipe
Ce qui caractérise la relation mère-enfant dès la conception et durant les premiers mois après la naissance, est le rapport d’immédiateté. Tant au niveau des soins qu’au niveau de la satisfaction des besoins, tout dans la relation mère enfant est placé sous le signe de cette immédiateté. Il n’est pas possible au nourrisson d’attendre lorsqu’il a faim ou qu’il a sommeil. Tout comme il n’est pas possible pour une mère d’attendre pour lui répondre. Tout en elle est mobilisé vers son nouveau-né. C’est ainsi qu’est induit dans la relation entre la mère et l’enfant une aliénation réciproque. Être aliéné, c’est appartenir à l’autre et appartenir à quelqu’un, c’est être son objet. Cette aliénation réciproque fait donc de chacun, mère et enfant, l’objet de l’autre. L’enfant, par son statut si particulier de dépendance extrême, sans concession possible avec la moindre autonomie physique et psychique, tout pris qu’il est dans son aliénation, se vit comme l’objet de sa mère. Il en est même l’unique objet. Objet qui comble la béance en elle. Béance réelle, anatomique, utérine. Mais également béance psychique qu’il lui suppose par cette attention incessante qu’elle lui porte. En d’autres termes, l’enfant a tout pour s’identifier à cet objet qui comble sa mère, qui comble le manque de sa mère. « Je suis comblée » disent parfois les mères qui viennent d’accoucher tout comme d’ailleurs souvent les amants qui viennent de se rencontrer.
Il nous faut entendre ce premier temps de l’Œdipe, comme l’assujettissement du désir de l’enfant au désir de la mère. Sans ce rapport d’aliénation, il n’y aurait pas d’amour à venir possible.

II – Deuxième moment de l’Œdipe
La médiation paternelle joue un rôle prépondérant dans le rapport d’aliénation entre l’enfant et sa mère. Elle instaure le manque comme élément fondateur de l ‘amour. Si je ne manque de personne et de rien, je suis bien incapable d’aimer. « Tu m’as manqué » se disent l’enfant et ses parents, les amants qui se retrouvent, les amis qui se revoient. Ce qui fait du manque le point d’appui essentiel de toute relation d’amour. Il n’y a de  rencontre aimante possible que pour celui qui a été accompagné enfant à traverser les deux étapes qui conduisent à faire du manque ce fondement de la vie psychique,. A savoir la privation et la frustration.

La privation
C’est en privant la mère de son enfant que le père est médiateur. Et non pas, comme nous l’entendons trop souvent, en privant l’enfant de sa mère. Le père n’est père que de priver sa femme du désir qu’elle a de l’enfant. Autrement dit, c’est en étant homme face à sa femme qu’il devient père. Qu’est-ce que c’est que d’être homme face à sa femme ? C’est lui parler. Être père, c’est d’abord et avant tout parler à sa femme. Lui parler d’elle, de leur enfant, de lui. Ce n’est qu’à cette condition, rencontrer une mère qui sera privée de lui parce un autre qui s’adresse à elle, que l’enfant va pouvoir sortir de sa position d’objet. L’enfant découvre non pas que sa mère lui est interdite, mais que lui, lui est interdit. Il entrevoit ainsi inconsciemment, invisiblement, qu’il n’est pas celui qui la comble. C’est lorsqu’il est dans une confusion telle, fixé lui-même dans une position d’enfant d’être tout pour sa mère et donc dans l’incapacité de parler à sa femme, que le père croit trop souvent devoir priver l’enfant. Il tente de le priver de sa mère ou de toutes choses, croyant ainsi asseoir son autorité. Lorsque la privation par abus de pouvoir s’adresse à l’enfant, ce dernier reste figé dans un manque qui devient réel. Il lui manque « pour de vrai » la parole de sa mère portée par la parole du père. C’est alors qu’il est précipité dans le morcellement de lui-même, non ordonnancé par une parole qui ne lui est pas adressée, plutôt que d’être l’enfant entier d’une mère privée de lui. L’enfant en reste à la privation, atteint dans son désir, souffrant du manque réel de l’absence d’une parole entre son père et sa mère qui ne vient pas le défaire symboliquement de sa position d’objet.

La frustration
C’est parce que sa mère est privée de lui que l’enfant éprouve la frustration. Il n’est pas tout pour sa mère et elle peut être heureuse sans lui. Pourtant il a besoin d’elle. La frustration est le conflit dans lequel met cette contradiction : « J’ai besoin d’elle mais je ne suis pas tout pour elle ». C’est de cette épreuve, véritable, dont l’enfant a à être consolé. Toute frustration appelle la consolation. Consoler un enfant, c’est ne pas le laisser seul avec lui-même. C’est prendre le temps de lui dire au revoir lorsqu’on se quitte pour la journée ou la nuit,  c’est revenir sur le pourquoi nous l’avons grondé, afin de l’accompagner et de le retrouver dans la solitude de existence. Mais c’est également rester près de lui lors de ses terreurs nocturnes ou lorsqu’il est malade, le soutenir dans sa plainte ou le « chouinement » de sa fatigue ou encore le prendre dans ses bras lorsqu’il est en colère. Parce que non consolé, l’enfant court le risque de se trouver conforté dans un imaginaire d’une mère qui ne voudrait pas de lui plutôt que d’être consolé de la frustration qu’il n’est pas tout pour elle. Consolé d’une mère qui n’est pas comme il la veut, toute à lui. Non consolé, il a de grandes chances de se débattre, parfois jusque tard dans la vie adulte, dans une revendication permanente, persuadé que l’autre possède quelque chose qu’il ne veut pas lui donner.

III – Troisième moment :  La castration ou la parole qui parle
Ces deux moments de l’Œdipe sont le préalable indispensable par lequel l’enfant doit passer pour accéder à la parole qui parle. C’est cela la castration. C’est offrir à l’enfant la possibilité d’accéder à la parole en lui. Sans cela, la problématique Œdipienne restera sans cesse d’actualité, non résolue pour l’enfant devenu adulte en se rejouant dans toutes ses relations. Notamment avec une force particulière dans ses relations amoureuses. Relations amoureuses qui se caractérisent par la répétition d’excitation et de lassitude, d’élan et de retrait, d’attente et de déception où seule la fascination de la première fois tient en éveil. Alors, l’arrivée dans le couple d’un enfant, d’un ami proche ou d’un amant, d’une amie ou d’une maîtresse, deviennent situation tragique, insoluble. L’incompréhension est de mise, le couple se déchire, la déception ressentie est attribuée à l’autre que chacun cherche en vain à retrouver comme avant. Il devient impossible de se parler et chacun se débat comme il peut. L’un ou l’autre se trouve happé par une relation nouvelle, intense, sensationnelle, se persuadant qu’il aime pour la première fois. Toute violence ne trouve son origine que dans le déni de cette dimension tierce, « autre ». Lorsque l’incursion tierce fait irruption, la réalité parait insoutenable. Le mari trompé précipité dans une jalousie maladive, la femme abandonnée enfermée dans la plainte, les mots qui deviennent des poignards, les coups qui se retiennent puis se donnent. Chacun est enlisé dans une relation duelle, imaginaire qui réactive sans cesse la relation inconsciente avec la mère qui en reste d’autant plus omniprésente. « Mais moi je l’aime » me disait sur un ton pathétique une femme dont la relation avec son mari commençait à battre de l’aile. « Mais moi je l’aime » dans une crispation qui était le signe d’une impossibilité à revenir en elle-même. Elle ne pouvait parler la contradiction des affects ressentis, l’ambivalence du lien, la blessure de la déception, la culpabilité éprouvante, la réminiscence du passé. Et son mari, prisonnier de son propre orgueil, ne pouvait lui parler des raisons de la distance qui s’installait entre eux.

Il n’y a d’amour véritable que celui qui parle. « Au commencement était le verbe ». La psychanalyse serait bien prétentieuse de renier cette première phrase de l’Évangile de Jean. Car ce qu’il y a de plus douloureux pour chacun dans le couple, c’est bien de ne pas pouvoir se parler. Et la névrose, qui est le propre de la condition humaine, tend deux piège à l’amour.
Le premier de ces pièges est la confusion entre langage et parole et le deuxième la fascination de la sensation.
Le langage n’est pas la parole. Il n’en est que le support symbolique. Le langage ne fait que signifier la parole. « Je brûle du désir de te retrouver » ne veut pas dire que mon corps prend feu. Pourtant dire cela, pour peu que ces quelques mots soient véritablement adressés à l’autre, parle à chacun. Parler à quelqu’un sans s’adresser à lui, dénature le discours de la parole qui l’habite. Le langage devient outil de persuasion ou évitement de la parole et les mots des objets dénaturés d’affects. L’objet lui-même est ramené à son banal statut d’objet, n’ayant plus aucune signification symbolique.  Pour le pragmatique, le langage ne dit rien d’autre que ce qu’il énonce. « Je brûle du désir de te retrouver »  ne voudrait dire pour lui qu’un amas de chair en feu. L’attachement  à la sensation ne dit rien de l’amour. Il  n’ouvre pas à la parole. La recherche incessante de sensations, souvent intenses, conduit dans  le cercle infernal d’une rencontre qui ne parle pas. L’éternel amoureux en sait quelque chose. Dès l’intensité des sensations et des sentiments retombée, il ne supporte pas l’ennui et part chercher ailleurs la nouveauté. Peu importe d’ailleurs qui il trouve ou ce qu’il trouve. Seule compte cette intensité qu’il se persuade éprouver pour la première fois. Comme à chaque fois, c’est la première fois. L’amant répète et répète encore sans savoir que c’est la parole en lui qu’il cherche. Et s’il ne rencontre personne qui lui parle, sa recherche est vaine et il reste attaché à la sensation qui le maintient dans un imaginaire que c’est toujours mieux ailleurs.
Aimer, être aimé, c’est grandir dans une relation qui parle. Faute de quoi l’enfant du couple se lie et s’identifie à ce qu’il peut, à ce qu’il trouve. A la dépression d’une mère, la colère d’un père, le décès d’une sœur, la réussite d’un frère, le départ sans adresse d’un oncle. Et s’il n’y a personne, mort ou vivant, qui puisse répondre à cette nécessité d’une liaison de sentiments, restent les animaux ou les objets. Le chien ou le chat de la maison chez l’enfant qui ne peut parler sans aboyer ou miauler et qui recherche sans cesse une main sans présence pour le caresser. Je me souviens également d’un garçon de 8 ans qui, dans un service hospitalier, se prenait pour un tracteur. Il n’était possible de lui parler qu’en termes de stationnement, de clignotant, de moteur et de durite. Il ne jouait pas à conduire un tracteur. Il était le tracteur et ne se déplaçait que dans un vrombissement bruyant. Comme l’est souvent la voiture, nous nous confondons avec elle –j’ai crevé, mon réservoir est vide, je suis en panne, voire même parfois je me suis fais rentrer dedans par derrière- aujourd’hui il apparaît que l’ordinateur remplit avec une perfection déroutante, parfois même fascinante, la fonction d’identification à l’objet. Et nous utilisons, pour être sûrs d’être compris, des expressions telles que : « je n’ai pas imprimé, point barre, copié-collé » sans parler de nos enfants qui doivent avoir l’esprit synthétique, saisir les mots clés et être pragmatiques avant même d’être poètes. La vérité pragmatique prend la place de la vérité qui se révèle. Ainsi l’amour ne cesse d’être mis à mal. Qui aujourd’hui ne fonctionne pas comme une machine et n’a pas la pensée « formatée » comme un ordinateur est catalogué inadapté, retardé, handicapé.

C’est lorsque la relation entre ses parents parle en vérité (il ne serait pas possible ici de définir ce que veut dire « parler en vérité » mais chacun de nous, dans son for intérieur, sait ce que c’est que de parler en vérité), que l’enfant se reconnaît « être parlant ». C’est pourquoi nous pouvons dire qu’il n’y a de relation d’amour, au vrai sens du terme, que parlante. Pour le psychanalyste, parler à un enfant nouveau-né est le prototype de toute relation d’amour. Le nouveau-né ne conjugue pas le verbe. Il est le verbe me risquerais-je à dire. Pour qu’il apprenne à le conjuguer, il lui faut pouvoir s’identifier à l’autre. S’identifier, c’est se reconnaître en l’autre. C’est se reconnaître en celui qui nous parle.  L’enfant s’attachera alors non pas à ce qu’il sent, à ce qu’il voit, à ce qu’il entend, à ce qu’il imagine –être objet de sa mère- mais à celui qui lui parle tout en découvrant ce qui parle en lui. Ainsi et seulement, il deviendra humain, c’est à dire capable d’aimer.

Jean-Marie Quéré

Jean 3, 1-8 – Naître à l’humanité –

28 avril 2014

Il y avait un homme, un pharisien nommé Nicodème ; c’était un notable parmi les Juifs. Il vint trouver Jésus pendant la nuit. Il lui dit : « Rabbi, nous le savons, c’est de la part de Dieu que tu es venu comme un maître qui enseigne, car personne ne peut accomplir les signes que toi, tu accomplis, si Dieu n’est pas avec lui. »
Jésus lui répondit : « Amen, amen, je te le dis : à moins de naître d’en haut, on ne peut voir le royaume de Dieu. »
Nicodème lui répliqua : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »
Jésus répondit : « Amen, amen, je te le dis : personne, à moins de naître de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair ; ce qui est né de l’Esprit est esprit. Ne sois pas étonné si je t’ai dit : il vous faut naître d’en haut. Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. »

Lire le billet du jour sur le site de l’Abbaye de Tamié.

Le désir inconscient, qui se manifeste la nuit dans nos rêves, permet d’aller à la rencontre de ce qui nous parle. Alors que nous sommes le plus souvent réticents à la nuit, lorsqu’elle s’approche avec son lot d’angoisses et de ressassements. Nicodème n’incarne t-il pas ce désir qui reste toujours en éveil et en attente de découvrir qui nous sommes et d’où nous venons ! Et le Christ n’incarne t-il pas l’origine de ce désir, prêt à nous répondre au delà du jour et de la nuit, pour nous déplacer de nos doutes et pour nous redire qu’il ne suffit pas d’être mis au monde par sa mère pour naître à la lumière de l’humanité.

Jean-Marie Quéré

Remerciements

26 avril 2014

 À
Daniel Chessel, lecteur assidu de la première heure des textes écrits en coopération avec Bruno Demoures, qui a tenu, avec une fidélité encourageante, des archives qu’il met au fur et à mesure en ligne et que vous pourrez lire dans la rubrique « Archives. »
Hélène Chessel, psychanalyste, dont le regard avisé et sans complaisance est un soutien précieux à mes écrits et mes publications.

Jean-Marie Quéré

Marc 16, 9-15 – L’attente –

26 avril 2014

Ressuscité le matin, le premier jour de la semaine, Jésus apparut d’abord à Marie-Madeleine, de laquelle il avait expulsé sept démons. Celle-ci partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent que Jésus était vivant et qu’elle l’avait vu, ils refusèrent de croire.Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus.Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité.
Puis il leur dit :  » Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création.  »

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Notre cœur est endurci : il résiste à croire ceux qui ont vu et entendu la Parole les renouveler dans leur espérance. Cette résistance n’est-elle pas le signe d’une attente plus grande encore : celle d’entendre la Parole s’adresser à nous, personnellement,  directement. À ne pas reconnaître cette attente, l’inhibition à aller dans le monde prend le pas. Si bien que la création nous paraît étrangère, inaccessible, alors que c’est nous qui nous plaçons en dehors d’elle.

Jean-Marie Quéré

Jean 21, 1-14 – Se jeter à l’eau –

25 avril 2014

Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et voici comment. Il y avait là, ensemble, Simon-Pierre, avec Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), Nathanaël, de Cana de Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m’en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous aussi, nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, cette nuit-là, ils ne prirent rien.
Au lever du jour, Jésus se tenait sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c’était lui. Jésus leur dit : « Les enfants, auriez-vous quelque chose à manger ? » Ils lui répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n’arrivaient pas à le tirer, tellement il y avait de poissons.Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C’est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre entendit que c’était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n’avait rien sur lui, et il se jeta à l’eau. Les autres disciples arrivèrent en barque, traînant le filet plein de poissons ; la terre n’était qu’à une centaine de mètres. Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ces poissons que vous venez de prendre. » Simon-Pierre remonta et tira jusqu’à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s’était pas déchiré. Jésus leur dit alors : « Venez manger. » Aucun des disciples n’osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c’était le Seigneur. Jésus s’approche ; il prend le pain et le leur donne ; et de même pour le poisson. C’était la troisième fois que Jésus ressuscité d’entre les morts se manifestait à ses disciples.

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Lorsque nous répondons à la parole qui, bien que siégeant en nous mais de manière inconsciente, vient à notre rencontre, nous n’attendons pas et nous ne la faisons pas patienter ; quitte à faire les choses à l’envers : on se vêt, on se jette à l’eau et on ose à peine parler.

Jean-Marie Quéré

Luc 24, 35-48 – En chair et en os –

24 avril 2014

Les disciples rentrés d’Emmaüs racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit :  » Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. « 

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Ce qui s’adresse au cœur de l’homme, la Vérité en tant qu’elle se décline et renouvelle la parole en chacun, et dans lequel l’homme est appelé à se reconnaître – ainsi nous pouvons répondre lorsque nous sommes appelés par notre nom – n’est en aucune sorte une abstraction.  Bien au contraire, cela témoigne qu’il n’y a pas de désir sans chair et sans os, sans besoin de nourriture terrestre et de rencontre avec les autres.

Jean-Marie Quéré

Luc 24, 13-35 – L’aveuglement –

23 avril 2014
Le même jour, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé. Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

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Non seulement l’aveuglement est tenace mais il est nécessaire. Il nous permet d’entendre ce qui se dit sans être pris dans la séduction exclusive du regard. Jusqu’à ce que cette liaison intime entre ouïe et vue nous fasse voir l’insaisissable invisible. Sans cet aveuglement, notre cœur ne pourrait se mettre à écouter, ni à parler.

Jean-Marie Quéré

Jean 20, 11-18 – Pourquoi pleures-tu ? –

22 avril 2014

Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, tout en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau. Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus. Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? »  Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître. Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

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La Vérité, dans laquelle s’origine une parole dans laquelle tout homme ne peut manquer de se reconnaître, ne peut disparaître. Elle siège en nous quoi qu’il arrive, même, surtout, si nous pensons l’avoir fait disparaître définitivement. Et pris que nous sommes dans la tristesse et les larmes qui brouillent notre regard, non sans une certaine fascination qui nous fait nous pencher sur la mort, nous ne pouvons la reconnaître. Et lorsque, aux effets qu’elle produit en nous parlant au cœur, nous sommes saisis par elle, c’est nous qui voudrions la saisir. Mais nous ne l’approchons qu’en vain. C’est la Vérité qui vient vers nous et qui nous apparaît au moment où nous nous y attendons le moins. Nous ne pouvons alors manquer de nous retourner vers elle et de nous détourner de nos pleurs.

Jean-Marie Quéré