Archives mensuelles : juin 2014

Matthieu 8, 18-22 – Se retirer de soi –

Lundi 30 juin 2014

Jésus, voyant une foule autour de lui, donna l’ordre de partir vers l’autre rive. Un scribe s’approcha et lui dit : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. » Mais Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. » Un autre de ses disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts. »

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Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids : deux endroits inaccessibles à l’homme et où l’animal se love sur lui-même. En chacun il y a pourtant un endroit toujours en éveil, celui que nous indique le désir qui parle, duquel il n’est pas envisageable de se retirer pour un possible repos. Et s’il peut se retirer du monde en passant d’une rive à l’autre, il ne peut pas se retirer de lui-même. Se retirer de soi, n’est-ce pas ce que nous cherchons à faire en suivant l’autre aveuglément ou en s’identifiant aux morts ?

Jean-Marie Quéré

Luc 2, 41-51 – Des parents comme tous parents –

Samedi 28 juin 2014

Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume. Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent. Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements.

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« Pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert. » Cette mère n’échappe pas à ce que, en tant que parents, nous pouvons tous ressentir à un moment donné ou à un autre. Que l’enfant agit contre nous, pour nous faire mal. L’originalité de cet enfant-là est dans le fait qu’il ne répond pas à partir d’une culpabilité inconsciente d’avoir fait souffrir ses parents mais en les renvoyant à ce qu’ils ne voulaient pas voir de ce qu’ils savaient déjà. Que cet enfant ne se reconnaissait pas entièrement comme leur fils. Et l’originalité de cette mère là est de garder tous ceci dans son cœur plutôt que de rester fixée à son incompréhension et d’en nourrir une amertume vindicative.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 11, 25-30 – Le joug léger –

Vendredi 27 juin 2014

En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché à des sages et des savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

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Pour un psychanalyste, il est surprenant de lire qu’un joug puisse être facile à porter et un fardeau léger. Tant il est vrai que la névrose et la manière dont nous avons parfois d’en tirer un certain plaisir par la plainte, ne veut pas de la légèreté. La névrose est attachée à répéter ce qui nous rend prisonnier de notre histoire et de nos fantasmes en rendant lourd les choses de la vie là où elles pourraient être légères.  Elle préfère la torture de l’âme à son soulagement. Nous avons donc à « supporter » et à « prendre sur nous », la légèreté et la liberté.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 7, 21-29 – S’en remettre à un autre –

Jeudi 26 juin 2014

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur déclarait : »Il ne suffit pas de me dire : “Seigneur, Seigneur!” pour entrer dans le Royaume des cieux; mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux. Ce jour-là, beaucoup me diront: “Seigneur, Seigneur, n’est-ce pas en ton nom que nous avons été prophètes, en ton nom que nous avons chassé les démons, en ton nom que nous avons fait beaucoup de miracles?” Alors je leur déclarerai: “Je ne vous ai jamais connus. Écartez-vous de moi, vous qui faites le mal!” «Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s’est abattue sur cette maison; la maison ne s’est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc. Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison; la maison s’est écroulée, et son écroulement a été complet.» Jésus acheva ainsi son discours. Les foules étaient frappées par son enseignement, car il parlait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes. « 

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Nous reconnaissons une véritable autorité à ce qu’elle nous convoque à une certaine nudité avec nous-mêmes. Nous ne pouvons alors plus nous cacher derrière le savoir ou le souci de de vouloir comprendre les choses. Cependant l’autorité n’est jamais désincarnée. C’est toujours un autre qui en est porteur et à qui, tel un enfant avec son père, nous avons à nous remettre.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 7, 15-20 – Lire les prophètes –

Mercredi 25 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Méfiez-vous des faux prophètes qui viennent à vous déguisés en brebis, alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces. C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. Va-t-on cueillir du raisin sur des épines, ou des figues sur des chardons ? C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits, et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais. Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais, ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits. Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits est coupé et jeté au feu. Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »

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Il y a là une évidence : un arbre bon ne peut donner de fruits mauvais et un arbre qui pourrit ne peut donner de bons fruits. Cette évidence n’en est pourtant pas une en ce qui nous concerne, nous les humains. Il y a en nous un loup à l’appétit vorace qui ne manque pas de se déguiser en douceur. L’inverse est vrai : nous sommes capable d’une agressivité qui peut être l’expression d’une vraie tendresse. En ça, le prophète est celui qui parle sans s’identifier à ce qu’il dit et sans attirer le regard sur lui. Il y a une vraie richesse à lire ou relire les grands prophètes Élie, Daniel, Ézéchiel, Isaïe et Jérémie. À les lire, nous ne pouvons pas ne pas nous reconnaître là où nous sommes aveuglés de nous-mêmes. Et cela ne manque jamais de porter ses fruits.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 7, 1-5 – Une poutre dans l’oeil –

Lundi 23 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Ne jugez pas, pour ne pas être jugés ; de la manière dont vous jugez, vous serez jugés ; de la mesure dont vous mesurez, on vous mesurera. Quoi ! tu regardes la paille dans l’œil de ton frère ; et la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? Ou encore : Comment vas-tu dire à ton frère : “Laisse-moi enlever la paille de ton œil”, alors qu’il y a une poutre dans ton œil à toi ? Hypocrite ! Enlève d’abord la poutre de ton œil ; alors tu verras clair pour enlever la paille qui est dans l’œil de ton frère. »

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Ici encore est souligné l’importance donnée au corps. L’enseignement que le Maître du désir dispense prend appui sur sa dimension symbolique. Ainsi l’hypocrisie est associée à l’extériorité de notre regard. Nous sommes ainsi invités à habiter nos sens pour revenir en nous-mêmes et découvrir que parole et corps ne font qu’un. Tout enseignement qui ne prend pas appui sur cette évidence nous entraîne vers une dissociation d’avec nous-mêmes.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 6, 24-34 – L’altérité révolutionnaire –

Samedi 21 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Nul ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’Argent. C’est pourquoi je vous dis : Ne vous souciez pas, pour votre vie, de ce que vous mangerez, ni, pour votre corps, de quoi vous le vêtirez. La vie ne vaut-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que les vêtements ? Regardez les oiseaux du ciel : ils ne font ni semailles ni moisson, ils n’amassent pas dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. Vous-mêmes, ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Qui d’entre vous, en se faisant du souci, peut ajouter une coudée à la longueur de sa vie ? Et au sujet des vêtements, pourquoi se faire tant de souci ? Observez comment poussent les lis des champs : ils ne travaillent pas, ils ne filent pas. Or je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’était pas habillé comme l’un d’entre eux. Si Dieu donne un tel vêtement à l’herbe des champs, qui est là aujourd’hui, et qui demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien davantage pour vous, hommes de peu de foi ? Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine. »

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La question de l’identification à l’argent possédé ou gagné ne date donc pas d’hier. Il est même ici placé avec un grand A. Ce propos pour le moins subversif qui pourrait s’apparenter au discours révolutionnaire n’est pas que poétique. Il soutient dès la première phrase que toute identification aux objets même les plus nécessaires -la nourriture, les vêlements, et que tout souci déplacé quant au rapport que nous instaurons avec eux ne servent au fond que le dieu Argent. Nous voyons bien la place que cela prend à l’adolescence lorsque les identifications se cherchent comme soutien pour quitter celles de l’enfance et rentrer dans la vie adulte.  Force est de constater que nous ne quittons jamais totalement cette recherche. Il y a cependant un point de rupture avec la pensée révolutionnaire : ce qui nous échappe radicalement et qui nous déplace sans cesse de nous-mêmes est ici nommé comme maître.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 6, 7-15 – L’adresse à l’altérité radicale –

Jeudi 19 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »

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Notre père : il y a donc un père à qui nous nous adressons. Notre Père et non pas mon père : il y donc une filiation de tout un chacun à ce Père. Ce Père, Dieu, symbolise, pour le psychanalyste, un espace intérieur en une altérité radicale à qui  il est possible de s’adresser.

Qui es aux cieux : Une altérité radicale qui n’a pas sa place dans le monde. Il nous faut regarder le ciel pour saisir toute la dimension de sa réalité. En regardant le ciel, clair ou étoilé, inaccessible, c’est indéniablement à notre intériorité que nous sommes convoqués.

Que ton nom soit sanctifié : Ce nom de Père est saint. Ainsi cette altérité radicale ne peut être pervertie par la névrose. De l’entendre dire, et de le redire, renouvelle sans cesse, tout comme l’enfant marche sur le sable essuyé par la marée, la virginité de cet espace intérieur.

Que ton règne vienne : Ce père possède un règne, le réel, que nous appelons à venir. Et qui est toujours une promesse de rencontre avec l’autre. Nous y sommes « sujet » -dans un règne il y a un roi et des sujets, toujours naissant.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : Ce Père, altérité radicale, a donc une volonté propre qui n’a rien à voir avec celle que je connais. Telle la volonté inconsciente à laquelle je n’ai pas accès mais dont j’appelle qu’elle se réalise. Appel à la volonté de l’inconscient qui peut s’adresser au monde visible et invisible.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour : Cette altérité radicale en nous a besoin de nourriture qui s’apparente au pain. Sinon, sans doute, dépéririons-nous. Le pain de ce jour. Pas celui d’hier, rassi. Ni celui de demain, pas encore levé. Toute la difficulté du divan est là : une parole d’aujourd’hui dite aujourd’hui. Ce n’est déjà plus celle d’hier et pas encore celle de demain.

Remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous devaient : J’ai donc des dettes envers cette altérité radicale. Lesquelles ? Si dettes il y a, rien ne m’est demandé en retour de ce qu’elle offre et autorise. Et d’autres en ont aussi à notre égard. Si je leur remets, personne ne me devra plus rien. Cette altérité se situe donc entre les hommes

Et ne nous soumets pas à la tentation : La tentation ne peut être que le déni de cette altérité qui, en déracinant l’homme de son humanité, conduit à tous les désastres. Il apparaît que je ne peux échapper à cette tentation qui semble venir après le pain du quotidien et la reconnaissance de la dette. Nous ne sommes donc pas dans une logique du mérite qui pourrait laisser croire que bien nourri et dette reconnue, nous pourrions échapper à la tentation.

Et délivre-nous du Mal : Le mal n’est ici pas défini. Il est juste nommé. Chacun est appelé, en lui, à le reconnaître.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 6, 1-6, 16-18 – La part secrète –

Mercredi 18 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

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Nous redécouvrons ici à quel point il est difficile de se détacher du regard que les autres portent sur nous mais également et surtout du regard que nous portons sur nous-mêmes. On ne se défait pas si facilement de la pulsion scopique. Ainsi, même si cette position d’humilité totale est impossible, puisque notre orgueil sait aussi s’en nourrir, il y a en nous une part secrète qui nous échappe radicalement et qui sait, sans que nous nous en rendions compte, la reconnaître.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 43-48 – Un murmure plus tenace que la haine

Mardi 17 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait :  » Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.  »

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La perfection n’est pas de ce monde et pourtant nous y sommes conviés. Non pas dans une possession de vertus gagnées de haute lutte contre soi-même. Mais en écoutant une voix intérieure qui ne manque pas de se faire entendre comme un murmure que l’on découvre dans notre propre silence, plus tenace et surprenant que la haine bruyante qui nous habite parfois. Ces paroles de Jésus ne sont-elles, avant d’être un enseignement à suivre, en un même et unique mouvement l’origine et l’écho de ce murmure ?

Jean-Marie Quéré