Archives mensuelles : novembre 2014

Luc 21, 34-36. Le coeur léger

Samedi 29 novembre 2014

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans la débauche, l’ivrognerie et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste. Comme un filet, il s’abattra sur tous les hommes de la terre. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous serez jugés dignes d’échapper à tout ce qui doit arriver, et de paraître debout devant le Fils de l’homme. » 

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Se tenir debout face au désir qui nous habite. De ce désir inconscient dont nous ne savons pas grand chose sauf qu’il nous déloge sans cesse de nous-mêmes et nous rend le cœur léger.

Jean-Marie Quéré

Luc 21, 29-33. La parole est bourgeon

Vendredi 28 novembre 2014

Jésus parlait à ses disciples de sa venue. Il leur dit cette parabole : « Voyez le figuier et tous les autres arbres. Dès qu’ils bourgeonnent, vous n’avez qu’à les regarder pour savoir que l’été est déjà proche. De même, vous aussi, lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le royaume de Dieu est proche. Amen, je vous le dis : cette génération ne passera pas sans que tout arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. »

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Quels versets magnifiques ! La Parole ne serait pas germe comme nous le pensons souvent mais bourgeon. Elle dit quelque chose qui est déjà là mais pas encore totalement déployé. Il n’y a qu’à regarder pour voir. L’été ouvre la terre au soleil, sans ombre. Ce n’est pourtant jamais acquis, chaque génération a à le découvrir. Que ce soit l’intime et la lumière de l’été, notre parole qui bourgeonne sans cesse, jamais totalement accomplie, la parole qui transcende, tous ont la même source.

Jean-Marie Quéré

Luc 21, 20-28. Redresser la tête

Jeudi 27 novembre 2014

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Lorsque vous verrez Jérusalem encerclée par des armées, sachez alors que sa dévastation est toute proche. Alors, ceux qui seront en Judée, qu’ils s’enfuient dans la montagne ; ceux qui seront à l’intérieur de la ville, qu’ils s’en éloignent ; ceux qui seront à la campagne, qu’ils ne rentrent pas en ville, car ce seront des jours où Dieu fera justice pour accomplir toute l’Écriture. Malheureuses les femmes qui seront enceintes et celles qui allaiteront en ces jours-là, car il y aura une grande misère dans le pays, une grande colère contre ce peuple. Ils tomberont sous le tranchant de l’épée, ils seront emmenés en captivité chez toutes les nations païennes ; Jérusalem sera piétinée par les païens, jusqu’à ce que le temps des païens soit achevé. Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées par le fracas de la mer et de la tempête. Les hommes mourront de peur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans la nuée, avec grande puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. »

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A nouveau, je ne peux m’empêcher d’entendre la question de Jérusalem comme la position du sujet en nous.  Nos conflits psychiques, nos doutes et ce qu’il y a en nous de pulsion de mort prennent le pas, pire que des armées, sur notre intégrité. C’est pourtant à ce moment, alors que tout nous écrase, que nous avons à redresser la tête.

Jean-Marie Quéré

Luc 21, 12-19. Perservérer face à l’altérité

Mercredi 26 novembre 2014

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :  » On portera la main sur vous et l’on vous persécutera; on vous livrera aux synagogues, on vous jettera en prison, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon Nom. Ce sera pour vous l’occasion de rendre témoignage. Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à vous soucier de votre défense. Moi-même, je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon Nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous obtiendrez la vie. »

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Ce n’est pas tant vis à vis de nos adversaires que nous avons à persévérer que face à l’altérité en nous. Malgré la difficulté dans laquelle nous sommes parfois de nous laisser déloger de la certitude que tout vient de notre volonté et de la fixation à nos résistances.

Jean-Marie Quéré

Luc 21, 5-11. Le corps appelé à disparaître

Mardi 25 novembre 2014

Certains disciples de Jésus parlaient du Temple, admirant la beauté des pierres et les dons des fidèles. Jésus leur dit : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe que cela va se réaliser ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom en disant : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche. ‘ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de soulèvements, ne vous effrayez pas : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas tout de suite la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre, et çà et là des épidémies de peste et des famines ; des faits terrifiants surviendront, et de grands signes dans le ciel. »

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Du temple, symbole du corps de l’homme, il ne restera pas pierre sur pierre. Tout ce que nous construisons sera jeté bas. Il ne restera rien à quoi nous accrocher. N’est-ce pas ainsi que nous naissons et que nous mourrons. S’en effrayer révèle sans doute ce à quoi nous sommes identifiés et qui est appelé à disparaître, notre corps, notre moi. En revenir à ce qui parle, encore et toujours.

Jean-Marie Quéré

Luc 21,1-4. Un besoin irrépressible

Lundi 24 novembre 2014

Comme Jésus enseignait dans le Temple, levant les yeux, il vit les gens riches qui mettaient leurs offrandes dans le tronc du trésor. Il vit aussi une veuve misérable y déposer deux piécettes. Alors il déclara : « En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre. »

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C’est notre indigence qu’il nous est proposé d’offrir,  c’est à dire ce qui en nous ne cesse de manquer. À travers cette indigence, nous découvrons que notre besoin de l’autre est indexé d’une attente, d’un besoin encore plus irrépressible de nous adresser à une altérité radicale qui se trouve au plus inconnu de nous-mêmes.

Jean-Marie Quéré

Luc 20, 27-40. Impossible d’imaginer notre mort

Samedi 22 novembre 2014

Des sadducéens – ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de résurrection – vinrent trouver Jésus, et ils l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a donné cette loi : Si un homme a un frère marié mais qui meurt sans enfant, qu’il épouse la veuve pour donner une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme, de qui sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour femme ? » Jésus répond : « Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection. Quant à dire que les morts doivent ressusciter, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur : le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ; tous vivent en effet pour lui. » Alors certains scribes prirent la parole pour dire : « Maître, tu as bien parlé. » Et ils n’osaient plus l’interroger sur quoi que ce soit.

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La résurrection tient symboliquement une place particulière dans la vie psychique qui renvoie ici au préambule à la lecture du Nouveau testament publié le 12 octobre 2014.  Mais peut-être que l’impossibilité dans laquelle nous sommes d’imaginer notre propre mort dit quelque chose de la permanence de la vie en nous et en dehors de nous.

Jean-Marie Quéré

Luc 19, 45-48. Un savoir plus grand que nous

Vendredi 21 novembre 2014

Jésus entra dans le Temple, et se mit à expulser les marchands. Il leur déclarait : « L’Écriture dit : Ma maison sera une maison de prière. Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Il était chaque jour dans le Temple pour enseigner. Les chefs des prêtres et les scribes, ainsi que les notables, cherchaient à le faire mourir, mais ils ne trouvaient pas le moyen d’y arriver ; en effet, le peuple tout entier était suspendu à ses lèvres.

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Prière et enseignement iraient de paire. La prière serait donc enseignement et l’enseignement serait prière. Il est vrai que l’une et l’autre en appellent à une incontournable médiation entre l’homme et lui-même. On le voit chez les enfants en difficulté scolaire. Ils sont prisonniers d’eux-mêmes, débordés par une intériorité qui, de n’être entendue, ne peut se symboliser. Ils se retrouvent empêchés d’entendre celui qui les enseigne comme une médiation possible à un savoir plus grand qu’eux.

Jean-Marie Quéré

Luc 19, 41-44. Le désespoir dans la cité

Jeudi 20 novembre 2014

Quand Jésus fut près de Jérusalem, en voyant la ville, il pleura sur elle ; il disait : « Si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui peut te donner la paix ! Mais hélas, cela est resté caché à tes yeux. Oui, il arrivera pour toi des jours où tes ennemis viendront mettre le siège devant toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés ; ils te jetteront à terre, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. »

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Il y  a dans dans la notion de ville, de cité, une double dimension : C’est par elle que les hommes vivent et se retrouvent tout autant qu’elle vit par eux.  Elle a, pour ainsi dire, une entité propre qui n’est pourtant pas indépendante de l’humain. Ainsi la ville devient le lieu où l’homme s’exprime par la projection de son intériorité à travers les différentes formes que peut prendre le travail ou la culture. Paradoxalement, depuis des siècles, ce lieu du vivre ensemble est bafoué par celui là même qui y vit. Le désespoir, pleurer sur elle, serait-il le dernier espace de la liberté inaliénable de l’homme ?

Jean-Marie Quéré

Luc 19, 11-28. Le roi nommé

Mercredi 19 novembre 2014

Comme on écoutait Jésus, il ajouta une parabole, parce qu’il était près de Jérusalem et que ses auditeurs pensaient voir le royaume de Dieu se manifester à l’instant même. Voici donc ce qu’il dit : « Un homme de la grande noblesse partit dans un pays lointain pour se faire nommer roi et rentrer ensuite chez lui. Il appela dix de ses serviteurs, leur distribua dix pièces d’or et leur dit : ‘Faites-les fructifier pendant mon voyage. ‘ Mais ses concitoyens le détestaient, et ils envoyèrent derrière lui une délégation chargée de dire : ‘Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous. ‘ Mais quand il revint après avoir été nommé roi, il convoqua les serviteurs auxquels il avait distribué l’argent, afin de savoir comment chacun l’avait fait fructifier. Le premier se présenta et dit : ‘Seigneur, ta pièce d’or en a rapporté dix. ‘ Le roi lui dit : ‘Très bien, bon serviteur ! Puisque tu as été fidèle en si peu de chose, reçois l’autorité sur dix villes. ‘ Le second vint dire : ‘Ta pièce d’or, Seigneur, en a rapporté cinq. ‘ A celui-là, le roi dit encore : ‘Toi, tu seras gouverneur de cinq villes. ‘ Un autre encore vint dire : ‘Seigneur, voici ta pièce d’or, je l’avais mise de côté dans un linge. En effet, j’avais peur de toi : tu es un homme exigeant, tu retires ce que tu n’as pas déposé, tu moissonnes ce que tu n’as pas semé.’ Le roi lui dit : ‘Je vais te juger d’après tes propres paroles, serviteur mauvais : tu savais que je suis un homme exigeant, que je retire ce que je n’ai pas déposé, que je moissonne ce que je n’ai pas semé ; alors pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque? A mon arrivée, je l’aurais repris avec les intérêts.’ Et le roi dit à ceux qui étaient là : ‘Retirez-lui la pièce d’or et donnez-la à celui qui en a dix. ‘On lui dit : ‘Seigneur, il en a déjà dix ! – Je vous le déclare : celui qui a recevra encore ; celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Quant à mes ennemis, ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici et mettez-les à mort devant moi.’ » Après avoir dit ces paroles, Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem.

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C’est surprenant ce noble qui part dans un pays lointain pour se faire nommer roi. Il s’agit donc d’une toute autre royauté que celle que nous connaissons qui fait que l’on est roi par les liens du sang. Cela ouvre de plein pied à la question du sujet inconscient qui ne trouve sa royauté en nous qu’à condition d’être nommé, ailleurs que dans l’image que le moi donne de lui-même. Nous avons à quitter ce que nous connaissons pour nous laisser déloger de nous-mêmes. Le sujet ne trouve son autorité que par la parole qui le reconnaît comme tel tout en devenant sujet du désir. Le désir règne sur les « sujets ». Lorsque le moi et sa perpétuelle peur de  l’Autre prend le pas sur le sujet, il ne peut faire fructifier ce qui lui a été donné. Il le garde, enfermé en lui. Il faut bien nous rendre à l’évidence : le désir prend ce qu’il n’a pas mis en dépôt et moissonne ce qu’il n’a pas semé. Le sujet répond de cet impossible là où le moi trouve toujours le moyen de s’y opposer.

Jean-Marie Quéré