Archives mensuelles : février 2015

Matthieu 5, 43-48. Un murmure plus tenace que la haine

Samedi 28 février 2015

En ce temps-là,  Jésus disait à ses disciples : Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ? Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

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La perfection n’est pas de ce monde et pourtant nous y sommes conviés. Non pas dans une possession de vertus gagnées de haute lutte contre soi-même. Mais en écoutant une voix intérieure qui ne manque pas de se faire entendre comme un murmure que l’on découvre dans notre propre silence, plus tenace et surprenant que la haine bruyante qui nous habite parfois.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 20-26. La prison du ressentiment

Vendredi 27 février 2015

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.»

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Notre condition d’être parlant qui induit une dette permanente envers le fait d’avoir à parler,  nous convoque à ne pas passer sur nos emportements sans qu’ils soient ensuite passés au feu de la parole. Sans parler, nous restons enfermés dans la prison de notre ressentiment.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 7, 7-12. Demander

Jeudi 26 février 2015

En ce temps-là,  Jésus disait à ses disciples : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Ou encore : lequel d’entre vous donnera une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? ou bien lui donnera un serpent, quand il lui demande un poisson ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est aux cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ! « Donc, tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour eux, vous aussi : voilà ce que disent la Loi et les Prophètes.

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Le fait même d’avoir à demander n’est jamais simple et il nous est parfois plus facile de répondre à une demande que d’en adresser une. Demander nous précipite souvent dans une angoisse que nous n’arrivons même pas à dire et nous justifions alors notre difficulté à demander par de fausses raisons. L’angoisse est d’autant plus forte lorsque nos toutes premières demandes n’ont pas été entendues pour ce qu’elles étaient.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 10, 34-42.11,1. Être conduit à ce qui est juste

Mercredi 25 février 2015

Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. Oui, je suis venu séparer l’homme de son père, la fille de sa mère, la belle-fille de sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa propre maison. Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. » Lorsque Jésus eut terminé les instructions qu’il donnait à ses douze disciples, il partit de là pour enseigner et proclamer la Parole dans les villes du pays.

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« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix » : l’injonction est sans appel. Ainsi ce que nous attendons, la paix, n’est pas ce sur quoi nous devons nous attarder. La symbolique du glaive est la parole qui tranche, qui nous sépare les uns des autres et nous fait envisager le possible du conflit et des angoisses qui nous habitent. Soutenir cette parole qui tranche nous conduit à ce qui est juste plutôt qu’à la paix.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 6, 7-15. Le Nom du père

Mardi 24 février 2015

En ce temps-là,  Jésus disait à ses disciples : Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes.

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Notre père : il y a un père à qui nous nous adressons. Notre Père et non pas mon père : nous avons donc tous une filiation commune avec un même Père. Cette dimension paternelle a un nom, le « Nom du père » (Lacan) qui symbolise la dimension originelle de l’altérité radicale, l’Autre du désir, constitutive du sujet de l’inconscient. « Je est un Autre » et le moi n’est pas maître chez lui.

Qui es aux cieux : Cette origine ne vient pas du monde et le monde n’a pas de pouvoir sur elle. Elle est transcendante : c’est à dire qu’elle trouve sa source en chacun, plus intime encore que l’intime. En regardant le ciel, clair ou étoilé, nous en percevons la dimension inatteignable et la similitude entre l’immensité du ciel et l’immensité de notre vie intérieure.

Que ton nom soit sanctifié : Ce nom de Père est saint. Ainsi cette altérité radicale ne peut être pervertie par la névrose. De l’entendre dire, et de le redire, renouvelle sans cesse, tout comme l’enfant marche sur le sable essuyé par la vague, la virginité de notre espace intérieur.

Que ton règne vienne : Ce père possède un règne, le Réel auquel se réfère, sauf à être sans relief, la réalité quotidienne. Nous l’appelons à venir car il est toujours une promesse de rencontre avec l’autre. Nous y sommes  sujets à part entière.

Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel : Ce Père a donc une volonté propre qui n’a rien à voir avec notre volonté connue et maîtrisée. Telle la volonté inconsciente à laquelle je n’ai pas accès mais dont j’appelle qu’elle se réalise. Appel à la volonté de l’inconscient qui s’adresse au monde visible et invisible.

Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour : Cette altérité radicale en nous a besoin de nourriture qui s’apparente au pain. Sinon, sans doute, dépéririons-nous. Le pain de ce jour. Pas celui d’hier, rassi. Ni celui de demain, pas encore levé. Toute la difficulté du divan est là : une parole d’aujourd’hui dite aujourd’hui. Ce n’est déjà plus celle d’hier et pas encore celle de demain.

Remets-nous nos dettes comme nous remettons à ceux qui nous devaient : Il a un rapport de dette entre les autres et moi. Ce n’est donc pas à eux que je dois quelque chose. Ainsi cette dette témoigne que l’Altérité est entre les humains. Tout comme la parole. C’est envers la parole que j’ai une dette et je ne peux en faire l’économie.

Et ne nous soumets pas à la tentation : La tentation ne peut être que le déni de cette altérité qui, en déracinant l’homme de son humanité, conduit à tous les désastres. Il apparaît que je ne peux échapper à cette tentation qui semble venir après le pain du quotidien et la reconnaissance de la dette. Nous ne sommes donc pas dans une logique du mérite qui pourrait laisser croire que bien nourri et dette reconnue, nous pourrions échapper à la tentation.

Et délivre-nous du Mal : Le mal n’est ici pas défini. Il est juste nommé. Chacun est convoqué à le découvrir.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 25, 31-46. Rassemblés et séparés

Lundi 23 février 2015

Jésus disait à ses disciples : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs : il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche. Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !” Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?” Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ; j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.” Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?” Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

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Ce n’est que d’être rassemblés tout en étant séparés, c’est à dire distingués les uns des autres, que peut se mobiliser en nous la fraternité. Rassemblement et séparation qui ne peuvent être le fruit d’une volonté personnelle, sociale ou politique mais celui de la transcendance qui habite chacun.

Jean-Marie Quéré

Actualización del preámbulo a la lectura del Nuevo Testamento

 Actualización del preámbulo a la lectura del Nuevo Testamento

Domingo 22 de Febrero del 2015

EL ANTIGUO TESTAMENTO

Desde que Sigmund Freud, a través de la lectura de los mitos, hizo posible el acercamiento a lo insondable del inconsciente humano, numerosos psicoanalistas se han dedicado a leer los textos del Antiguo Testamento subrayando así su dimensión mítica y antropológica. Para quien sólo tenga un conocimiento parcial, los textos bíblicos se limitarían hablar de la relación de Dios con los hombres, pero el pensamiento psicoanalítico nos ha abierto otro campo de lectura. De hecho, la cuestión central del Antiguo Testamento no es sólo la relación de D Continuer la lecture

Luc 5, 27-32. Le mépris

Samedi 21 février 2015

En ce temps-là, Jésus sortit et remarqua un publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts) du nom de Lévi assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. »  Abandonnant tout, l’homme se leva ; et il le suivait. Lévi donna pour Jésus une grande réception dans sa maison ; il y avait là une foule nombreuse de publicains et d’autres gens attablés avec eux. Les pharisiens et les scribes de leur parti récriminaient en disant à ses disciples : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? » Jésus leur répondit : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent. »

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C’est bien le mépris qui se cache souvent derrière nos récriminations face à ceux qui nous dérangent et nous offusquent, qui a besoin d’être guéri.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 9, 14-15. Le manque de pouvoir tout comprendre

Vendredi 20 février 2015

En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchent de Jésus en disant : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »  Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront.

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Le terme même d’époux sous tend la notion de rencontre et de séparation, de présence et d’absence, d’union et de désunion. Que l’on célèbre sa présence par la noce festive ou son absence par le deuil, une part de notre vie intérieure nous est définitivement enlevée, inaccessible. Seul reste le manque de pouvoir tout dire et tout comprendre.

Jean-Marie Quéré

Luc 9, 22-25. Une volonté autre

Jeudi 19 février 2015

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ?

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Habituellement lorsque nous disons « il faut », c’est pour mobiliser, souvent de manière imaginaire, notre volonté : Il faut prendre sur soi, il faut prendre du bon temps, il faut se battre. Ici, « il faut » annonce souffrance et rejet. Il convoque donc à une dimension toute autre que celle de la volonté ou de la liberté de choix.

Jean-Marie Quéré