Archives mensuelles : avril 2016

Luc 2, 1-21

Dimanche 10 avril 2016

Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville ; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte. L’ange leur dit: « Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Tout à coup il y  eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés. » Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : « Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. » Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens. Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé. Huit jours plus tard, quand vint le moment de circoncire l’enfant, on l’appela du nom de Jésus, comme l’ange l’avait annoncé.

 

Quelle drôle d’idée de partir sur les routes alors que sa femme est sur le point d’accoucher. Joseph semble inconséquent. Sauf à entendre que le désir inconscient, symbolisé ici par l’enfant à naître, mobilise un déplacement. Déjà, alors qu’il n’est pas encore né, l’enfant déplace ses parents. Ce déplacement les conduit d’abord vers eux-mêmes et leur propre histoire. La recension en appelle à rejoindre nos origines humaines pour nous y inscrire.

Jésus est ici donné comme le symbole du premier-né. Il naît entre une réalité visible, toujours imaginaire – en effet comment est-il possible de recenser le monde entier ! – et la réalité invisible, le réel, qui s’adresse aux bergers, hommes sans maison, vivant au dehors des préoccupations du monde, ayant comme seule attache la lumière des étoiles. Mais c’est pourtant une autre lumière qui les enveloppe. Celle de la parole invisible qui parlent à leur cœur plus qu’à leur raison. Par cette parole eux aussi sont mis en mouvement. Ils partent en hâte, pressés d’aller à la rencontre de ce vers quoi ils sont appelés.

Dans toutes ces mises en mouvement, seule Marie cherche le sens de ce qui se passe. Autrement dit, depuis l’annonce qui lui a été faite, elle semble ne rien comprendre. Marie est dans une retenue. Par cette incompréhension et cette retenue, déjà s’inscrit un écart entre ce qu’elle vit intérieurement et la réalité de son enfant nouveau-né. Né d’elle, il ne lui appartient plus. Il est déjà enfant du monde visible et du monde invisible. Sa présence témoigne de l’évidence de l’altérité radicale comme fondatrice de toute existence.

Jean-Marie Quéré

Luc 1, 67-80

Dimanche 3 avril 2016

Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit saint et il prophétisa en ces termes :

Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, parce qu’il a visité son peuple, accompli sa libération, et  nous a suscité une force de salut dans la famille de David, son serviteur. C’est ce qu’il avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes d’autrefois : un salut qui nous libère de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent. Il a montré sa bonté envers nos pères et s’est rappelé son alliance sainte, le serment qu’il a fait à Abraham, notre père ; il nous accorderait après nous avoir arrachés aux mains des ennemis, de lui rendre sans crainte notre un culte dans la piété et la justice, sous son regard, tout au long de nos jours. Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras par devant sous le regard du Seigneur pour préparer ses routes, pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés. C’est l’effet de la bonté profonde de notre Dieu : grâce à elle nous a visités l’astre venu d’en haut. Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas sur le chemin de la paix.

Quant à l’enfant, il grandissait et son esprit se fortifiait ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël.

 

Il est beaucoup question de pères dans ce texte. Nous est rappelé que Zacharie est le père de Jean. Pourtant, au regard des lignes précédentes, il aurait été étonnant que nous ne nous en souvenions pas. C’est ce père qui, après avoir été réduit au silence, se met à parler en prophète. La parole véritable passe par le silence. Ce dont il parle, tout en étant un témoignage de sa propre vie, indique en effet une parole qui trouve sa source dans un désir tout Autre.  Il en appelle aux prophètes d’autrefois. Il s’inscrit ainsi dans une généalogie qui, à travers sa propre généalogie humaine, en indique une toute Autre également. Il peut ainsi dire de l’enfant qu’il sera prophète à son tour. Étonnamment, il en appelle à la compassion envers nos pères et à l’alliance et l’ombre sacrée avec Abraham, notre père. Il n’y a plus de différence entre la paternité de Zacharie, celles de nos pères et celle d’Abraham. Il n’y a pas d’un côté la généalogie humaine et de l’autre la généalogie divine. Il n’y a qu’une seule généalogie : à la fois visible, celle de Zacharie père, et invisible, celle de nos pères et celle d’Abraham. Être père ne consistant pas à se considérer, à s’identifier, comme l’origine de son fils mais à témoigner que nous sommes habités d’une fonction plus que d’un rôle. La fonction paternelle est ce par quoi chacun découvre qu’il est référé, à travers sa propre généalogie, à un désir qui ne pourrait être réduit à soi-même.  Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons être délivrés de nos ennemis. Ceux, tout intérieurs, qui nous tiennent à l’ombre de la pulsion de mort. Zacharie nous annonce qu’un désir plus grand, semblable au soleil qui ne cesse de se lever pour offrir sa lumière et qu’on ne pourra pourtant jamais atteindre, nous fera sortir de l’ombre de ce qui en nous se tient dans les ténèbres.

Cette fonction paternelle n’empêche pas Jean de demeurer dans les déserts de la solitude, et donc aussi du silence. Bien au contraire c’est là la condition de sa force. Jusqu’à ce qu’il soit appelé à se présenter devant l’ensemble de ses frères.

Jean-Marie Quéré