Luc 1, 67-80

Dimanche 3 avril 2016

Zacharie, son père, fut rempli d’Esprit saint et il prophétisa en ces termes :

Béni soit le Seigneur, le Dieu d’Israël, parce qu’il a visité son peuple, accompli sa libération, et  nous a suscité une force de salut dans la famille de David, son serviteur. C’est ce qu’il avait annoncé par la bouche de ses saints prophètes d’autrefois : un salut qui nous libère de nos ennemis et des mains de tous ceux qui nous haïssent. Il a montré sa bonté envers nos pères et s’est rappelé son alliance sainte, le serment qu’il a fait à Abraham, notre père ; il nous accorderait après nous avoir arrachés aux mains des ennemis, de lui rendre sans crainte notre un culte dans la piété et la justice, sous son regard, tout au long de nos jours. Et toi, petit enfant, tu seras appelé prophète du Très-Haut ; car tu marcheras par devant sous le regard du Seigneur pour préparer ses routes, pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés. C’est l’effet de la bonté profonde de notre Dieu : grâce à elle nous a visités l’astre venu d’en haut. Il est apparu à ceux qui se trouvent dans les ténèbres et l’ombre de la mort, afin de guider nos pas sur le chemin de la paix.

Quant à l’enfant, il grandissait et son esprit se fortifiait ; et il fut dans les déserts jusqu’au jour de sa manifestation à Israël.

 

Il est beaucoup question de pères dans ce texte. Nous est rappelé que Zacharie est le père de Jean. Pourtant, au regard des lignes précédentes, il aurait été étonnant que nous ne nous en souvenions pas. C’est ce père qui, après avoir été réduit au silence, se met à parler en prophète. La parole véritable passe par le silence. Ce dont il parle, tout en étant un témoignage de sa propre vie, indique en effet une parole qui trouve sa source dans un désir tout Autre.  Il en appelle aux prophètes d’autrefois. Il s’inscrit ainsi dans une généalogie qui, à travers sa propre généalogie humaine, en indique une toute Autre également. Il peut ainsi dire de l’enfant qu’il sera prophète à son tour. Étonnamment, il en appelle à la compassion envers nos pères et à l’alliance et l’ombre sacrée avec Abraham, notre père. Il n’y a plus de différence entre la paternité de Zacharie, celles de nos pères et celle d’Abraham. Il n’y a pas d’un côté la généalogie humaine et de l’autre la généalogie divine. Il n’y a qu’une seule généalogie : à la fois visible, celle de Zacharie père, et invisible, celle de nos pères et celle d’Abraham. Être père ne consistant pas à se considérer, à s’identifier, comme l’origine de son fils mais à témoigner que nous sommes habités d’une fonction plus que d’un rôle. La fonction paternelle est ce par quoi chacun découvre qu’il est référé, à travers sa propre généalogie, à un désir qui ne pourrait être réduit à soi-même.  Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons être délivrés de nos ennemis. Ceux, tout intérieurs, qui nous tiennent à l’ombre de la pulsion de mort. Zacharie nous annonce qu’un désir plus grand, semblable au soleil qui ne cesse de se lever pour offrir sa lumière et qu’on ne pourra pourtant jamais atteindre, nous fera sortir de l’ombre de ce qui en nous se tient dans les ténèbres.

Cette fonction paternelle n’empêche pas Jean de demeurer dans les déserts de la solitude, et donc aussi du silence. Bien au contraire c’est là la condition de sa force. Jusqu’à ce qu’il soit appelé à se présenter devant l’ensemble de ses frères.

Jean-Marie Quéré