Bibliographie

Il ne me serait évidemment pas possible ici d’établir de manière exhaustive la liste de tous les livres qui ont marqué ma pensée. Lire est un acte particulier qui prend appui sur une relation toute aussi particulière, à savoir celle entre un auteur et un lecteur. Cette relation particulière touche, à l’intime de soi, notre rapport avec la singulière aptitude au langage qui spécifie tout humain. Aptitude au langage que la psychanalyse nomme parole. Si lire permet de rencontrer l’autre, c’est d’abord une rencontre avec soi à laquelle toute lecture convoque. Toute citation en témoigne : nous ne citons que ce qui nous énonce et que nous ne pouvons cependant reconnaître que parce qu’un autre le formule. Ainsi, le livre n’est pas tant un objet d’étude qu’une médiation entre une personne qui, dans l’acte même d’écrire, s’adresse à une autre, le lecteur. Par cette médiation, la vérité, quête incessante de l’homme et qu’il n’atteindra jamais totalement, se découvre d’abord dans une rencontre. Vérité sur soi et vérité quant au regard que nous portons sur les choses et le monde.

Lire est l’activité symbolique par excellence à laquelle seul l’humain peut prétendre et qui, parce qu’elle soutient la présence dans l’absence, structure la pensée. Les amants séparés ainsi se retrouvent, ce qui paraît éloigné devient proche et l’invisible prend forme.  À lire, le lecteur se trouve lui-même pris dans l’acte de l’écriture. C’est pourquoi nous pouvons considérer qu’écrire c’est autant prendre la parole que la donner. L’acte de lire devenant alors équivalent à l’acte d’écrire. En témoigne l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez l’enfant qui ne sont bien qu’un seul et même acte.

Tout régime totalitaire, qu’il se décline au niveau politique, religieux, mais également parfois dans les institutions comme dans les familles, nous le rappelle sans cesse : cette dimension symbolique est le lieu d’une liberté inaliénable et subversive. Liberté inaliénable et subversive car celui qui apprend à lire découvre sa capacité à penser vis à vis d’un pouvoir en place qui craint sa destitution mais également vis à vis d’un pouvoir plus intérieur et donc plus redoutable encore ; celui de la passivité qui entraîne chacun de nous dans la paresse à lire et sous laquelle se cache la passion de l’ignorance qui ne manque pas d’agiter avec plus ou moins de force tout un chacun. L’époque contemporaine, où l’image prend de plus en plus le pas sur l’écrit, ne cesse d’offrir à la passion de l’ignorance son lot de satisfactions. Ainsi l’enseignement de la lecture n’a plus comme visée l’indépendance de la pensée mais son formatage relatif à une suite de mots-clés et de références trouvées par l’intermédiaire d’un unique moteur de recherche sur internet et d’un monopole, dont l’Éducation nationale devient le faire-valoir, d’un seul exploitant de logiciels.

Subversif aussi car lire, par l’alchimie de la rencontre subjective entre un auteur et un lecteur qui en appelle indubitablement à la fonction du langage, du prendre langue, est nécessairement un acte collectif. Comment expliquer en effet que lorsqu’un livre nous a plu, nous souhaitons avec empressement le faire lire à d’autres, l’offrir ou le citer ? Toute bibliographie s’inscrit, qu’elle y concède ou pas, dans une dimension pédagogique. Mais ne nous laissons pas abuser par l’usure perverse des mots : ce qui fonde la pédagogie ce n’est pas d’amener l’autre à penser comme nous mais bien de considérer l’acte de lire comme le lieu d’une fraternité qui s’associe immanquablement à la liberté et à l’égalité entre les humains.

Plus qu’une liste de livres, ce sont des auteurs qui ont, par leur pensée et leur prise de parole, accompagner mon parcours de psychanalyste. C’est pourquoi vous trouverez ci-après, au fur et à mesure de sa mise à jour, une liste d’auteurs en général accompagnés que d’une seule référence ; celle par laquelle je suis entré dans leur pensée ou, pour être plus exact, par laquelle leur pensée est entrée en moi. Il s’agira alors de considérer cette unique référence comme une invitation à découvrir davantage chaque auteur. Exception faite, et si l’évidence crève les yeux c’est qu’elle nous rend aveugle de ne pas avoir été nommée, de Sigmund Freud et de Jacques Lacan dont la lecture répétée de l’ensemble de leur œuvre est incontournable pour le psychanalyste que je suis. Je ne citerai donc, à proprement parler, aucun de leurs livres.

Jean-Marie Quéré

Me resultaría evidentemente imposible establecer aquí de manera exhaustiva la lista de todos los libros que han marcado mi pensamiento. Leer es un acto particular que se apoya en una relación también particular, entre un autor y un lector. Esta relación particular toca, en lo íntimo de sí, nuestra relación con la singular aptitud al lenguaje que especifica a todo ser humano. A esta aptitud al lenguaje, el psicoanálisis la llama palabra. Si leer permite encontrarse con el otro, toda lectura convoca ante todo a un encuentro consigo mismo. Toda citación da testimonio de ello: sólo citamos aquello que nos enuncia y sin embargo sólo podemos reconocerlo porque otro lo ha formulado. Así, el libro no es tanto un objeto de estudio como una mediación entre una persona que, en el acto mismo de la escritura se dirige a otro, el lector. A través de esta mediación, la verdad, búsqueda incesante del hombre, se descubre ante todo en un encuentro. Verdad sobre sí y verdad en cuanto a la mirada que depositamos sobre las cosas y sobre el mundo.

Leer es la actividad simbólica por excelencia, a la cual sólo el ser humano puede aspirar y, puesto que sostiene la presencia en la ausencia, estructura el pensamiento. Así, Los amantes separados se encuentran, lo que parece lejano se vuelve cercano y lo invisible toma forma. Leyendo, el lector se encuentra tomado en el acto de la escritura. De ello da testimonio el aprendizaje de la lectura y de la escritura del niño, que son un único y mismo acto.

Todo régimen totalitario, declinado a nivel político, religioso y también a veces en las instituciones como en las familias, nos lo recuerda sin cesar: esta dimensión simbólica es el lugar de una libertad inalienable y subversiva. Libertad inalienable y subversiva ya que aquel que aprende a leer descubre su capacidad de pensar ante un poder que teme su destitución y ante un poder más interior y más temible aún, el de la pasividad que nos arrastra a todos hacia la pereza de leer y bajo la cual se esconde la pasión de la ignorancia que inexorablemente nos agita a cada uno de nosotros. La época contemporánea, en la que la imagen domina cada vez más sobre la escritura, no cesa de ofrecer esta pasión por la ignorancia y su lote de satisfacciones. Así, la enseñanza de la lectura no tiene como objetivo la independencia del pensamiento sino su formateo relativo a una serie de palabras clave y de referencias que se encuentran gracias a un único motor de búsqueda en internet y del monopolio, del que la Educación nacional no es más que un títere, de un solo explotador de programas informáticos.

Subversivo también porque leer, por la alquimia del encuentro subjetivo entre un autor y un lector, solicita indubitablemente la función del lenguaje, de la toma de la palabra y es necesariamente un acto colectivo. De hecho, ¿cómo se explica que cuando nos ha gustado un libro deseemos con afán hacérselo leer a otros, regalarlo o citarlo? Toda bibliografía se inscribe, lo quiera o no, en una dimensión pedagógica. Pero no nos dejemos engañar por la usura perversa de las palabras: lo que funda la pedagogía no es llevar al oro a pensar como nosotros sino considerar el acto de leer como lugar de una fraternidad que se asocia inexorablemente con la libertad y con la igualdad entre los seres humanos.

Más que una lista de libros, se trata de autores que han acompañado mi itinerario de psicoanalista por su pensamiento y por su palabra. Por ello, encontrarán aquí, según vaya siendo actualizada, una lista de autores acompañada en general por una sola referencia; aquella por la que su pensamiento entró en mí. Se trata de considerar esta única referencia como una invitación a descubrir más a cada autor.

Lo obvio resulta cegador cuando no se nombra: la excepción de Sigmund Freud y de Jacques Lacan. La lectura reiterada del conjunto de su obra es ineludible para el psicoanalista que soy y de ellos no citaré en concreto ningún libro.

Jean-Marie Quéré

– BADIOU Alain, Saint Paul, la fondation de l’universalisme, 1997, PUF.

– BEAUCHAMPS Paul, Parler d’écritures saintes, 1987, Le Seuil.

– BENOÎT XVI, Dieu est amour, 2006, Cerf.

– BENSLAMA Fethi, La psychanalyse à l’épreuve de l’Islam, 2002, Champs Flammarion.

– CHRÉTIEN Jean-louis, L’appel et la réponse, 1992, Les éditions de Minuit.

– D’AVILA Thérèse, Le château intérieur, 1998, Rivages poche.

– DENIS Paul, Le narcissisme, 2012, Que sais-je ?

– DOLTO Françoise, La foi au risque de la psychanalyse, 1981, Le Seuil, Points.

– DOR Joël, Le père et sa fonction en psychanalyse, 2003, Érès.

– EPSTEIN Danièle, Dérives adolescentes : de la délinquance au djihadisme, 2016, Érès.

– GORY Roland, De quoi la psychanalyse est-elle le nom ?, 2010, Denoël.

– GREEN André, Le complexe de castration, 1990, PUF.

– HENRY Michel, C’est moi la Vérité, 1996, Le Seuil.

– IZCOVICH Luis, Les marques d’une psychanalyse, 2015, Stilus.

– JANKÉLÉVITCH Vladimir, Le paradoxe de la morale, 1981, Le Seuil, Points.

– KLEIN Mélanie, L’amour et la haine, PBP.

– LEBRUN Jean-Pierre, WÉNIN André, Des lois pour être humain, 2012, Érès.

– LEBRUN Jean-pierre, Fonction maternelle, fonction paternelle, 2011, Fabert.

– LIBRES CAHIERS POUR LA PSYCHANALYSE, Revue bi-annuelle, In Press.

– MANNONI Maud, L’enfant, sa « maladie » et les autres, 1967, Le Seuil, Points.

– MOSCOVITZ Jean-Jacques, Rêver de réparer l’histoire, 2014, Érès

– POMMIER Gérard, Qu’est-ce que le « réel » ?, 2014, Érès.

– PONTALIS J.B., Fenêtres, 2002, Gallimard.

– QUÉRÉ France, Les ennemis de Jésus, 1985, Le Seuil.

– QUÉRÉ O, PAYRE R, FLAMANT A, SPAHIC M, VASLIN J, Vox populy, 2012, Libel.

– SAINT-AUGUSTIN, Confessions, 1982, Le Seuil, Points.

– SAINT JEAN DE LA CROIX, La nuit obscure, 1984, Le Seuil, Points.

– SILVAGNI Gilles-Olivier, GODIN Christian, La psychanalyse pour les nuls, 2012, First Éditions.

– THÉRY Irène, Qu’est-ce que la distinction des sexes ? , 2011, Fabert.

– VASSE Denis, Le temps du désir, 1973, Le Seuil.