Luc 14, 25-33 – Haïr –

6 novembre 2013

Des foules nombreuses faisaient route avec lui, et se retournant il leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Quiconque ne porte pas sa croix et ne vient pas derrière moi ne peut être mon disciple. Qui de vous en effet, s’il veut bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? De peur que, s’il pose les fondations et ne peut achever, tous ceux qui le verront ne se mettent à se moquer de lui, en disant : ‘Voilà un homme qui a commencé de bâtir et il n’a pu achever !’Ou encore quel est le roi qui, partant faire la guerre à un autre roi, ne commencera par s’asseoir pour examiner s’il est capable, avec dix mille hommes, de se porter à la rencontre de celui qui marche contre lui avec vingt mille ? Sinon, alors que l’autre est encore loin, il lui envoie une ambassade pour demander la paix. Ainsi donc, quiconque parmi vous ne renonce pas à tous ses biens ne peut être mon disciple. C’est donc une bonne chose que le sel. Mais si même le sel vient à s’affadir, avec quoi l’assaisonnera-t-on ? Il n’est bon ni pour la terre ni pour le fumier : on le jette dehors. Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »


Avoir assez de moyens, c’est renoncer à ses biens et être détaché. Détaché en particulier de ces liens qui font partie d’une condition humaine voulue par Dieu dès la création et que Jésus ne récuse pourtant pas. Alors que veut dire ce double langage ? Haïr, bien sûr, c’est une amplification rhétorique faite pour donner de la force au propos. Avec l’évocation de la guerre, de la construction qu’il va bien falloir finir cela met vraiment dans l’impératif.
Mais quand on a dit ça, on n’a fait que rendre plus sensible encore la tension entre ces deux termes qui s’affrontent : des liens à préserver et un lien qui s’impose de façon absolue.
Une fois de plus, ce n’est pas un problème de choix, à faire selon ce que nous trouvons le plus judicieux, selon que nos parents, conjoints et enfants nous insupportent ou nous plaisent. Il faut garder les deux et l’affrontement à cet impossible peut être justement l’occasion de sortir de nos logiques trop bien huilées mais qui ne nous laissent que dans ce monde bien connu où nous tâchons de creuser notre petit trou.
Jésus nous propose d’aller ailleurs. Vraiment ailleurs. Et il commence par nous déloger de toutes les tentations du confort. L’Évangile n’est pas une histoire à l’eau de rose mais il y est de question d’une passion : celle de Dieu pour une humanité qu’il veut faire grandir et mener à un accomplissement qu’elle ne connaît pas encore. Ça demande la foi !

Frère Bruno Demoures, Abbaye de Tamié


Découvrir que l’on peut ressentir la haine, notamment vis à vis des personnes auxquelles nous sommes le plus attaché n’est pas si simple. Pourtant Jésus nous dit que pour venir à lui, pour découvrir la Vérité, il nous faut avoir haï père et mère, frères, sœurs, enfants. Et jusqu’à sa propre vie.
Que serait la haine sans la foi ? Sans la foi, la haine mettrait fin à toute relation. Reconnaître la haine et suivre Jésus c’est considérer la haine non pas comme une finitude mais comme ce qui ouvre à l’amour plus grand que soi. Nous pouvons alors nous détacher de notre propre haine et de « l’objet » haï et suivre Jésus.

Jean-Marie Quéré