Marc 8, 22-26

19 février 2014

Ils arrivent à Bethsaïde et on lui amène un aveugle, en le priant de le toucher. Prenant l’aveugle par la main, il le fit sortir hors du village. Après lui avoir mis de la salive sur les yeux et lui avoir imposé les mains, il lui demandait : « Aperçois-tu quelque chose ? » Et l’autre, qui commençait à voir, de répondre : « J’aperçois les gens, c’est comme si c’était des arbres que je les vois marcher. » Après cela, il mit de nouveau ses mains sur les yeux de l’aveugle, et celui-ci vit clair et fut rétabli, et il voyait tout nettement, de loin. Et Jésus le renvoya chez lui, en lui disant : « N’entre même pas dans le village. »


Étonnant récit : l’aveugle ne demande rien, les gens qui amènent l’aveugle à Jésus ne lui demandent que de le toucher et lui ne dit pas un mot avant que Jésus ne l’interroge. Et puis il y a cette guérison en deux temps.
Déroutant.
Mais c’est bien là qu’est le centre de l’affaire. Jésus déroute parce que la route n’est pas bonne : les scribes veulent des signes, ses disciples eux-mêmes ne comprennent pas. Tout le monde est à côté des événements et personne ne s’en rend compte. Jésus retire l’homme du village, sans dire pourquoi et c’est justement parce que ce qui se joue en réalité ne correspond donc pas à ce qui fait la préoccupation des gens. Jésus a quelque chose à dire, en propre, à cet homme, en dehors et il faut changer de contexte.
Par ailleurs, la question est bien celle qui s’était posée dans l’Évangile d’hier : voir est une chose, comprendre vraiment ce que l’on voit en est une autre et c’est justement le problème de cet homme qui dans un premier temps voit sans comprendre de quoi il s’agit. Pour bien voir, comme il faut, il faut bien que Jésus fasse quelque chose. En croyant savoir on se prive du meilleur.

Frère Bruno Demoures, Abbaye de Tamié


« N’entre même pas dans le village ». Quelle injonction ! Alors que ce sont les gens de ce village qui lui ont amené l’aveugle. Jésus veut-il que l’acte de guérir ne soit pas un signe de sa filiation ? Ne soigne-t-on, au fond, que par la gratuité de Dieu et en dehors de toute vie sociale ? Et une fois guéri, où va-t-on ? Dans tous les cas, il ne s’agit pas de retourner de là d’où on vient.

Jean-Marie Quéré