la transcendance : explication de texte

7 mai 2014

Vous avez été quelques uns à me demander une explication de texte à propos de ce que j’avais écrit sur la transcendance le 29 avril dernier.  À le relire, alors que j’ai écrit les mots comme ils me sont venus, il est vrai que cela peut paraître en effet un peu abscons. À mon explication de texte que je lui avais adressée, Bruno Demoures a ajouté une appréciation de la notion d’élévation de Fils de l’homme.

L’élévation du Fils de l’homme transcende notre aptitude au langage comme rencontre avec l’éternel. A nier l’évidence de cette transcendance, tout enfant nouveau-né ne pourrait être inscrit dans le devenir de l’humanité et tout enseignement serait vain.

La transcendance, c’est ce qui se situe au delà de ce dont il s’agit : ici le langage. La transcendance du langage c’est donc la parole en tant qu’il en témoigne. On le sait tous, le langage ne suffit pas à exprimer tout ce que je veux dire. C’est cet impossible à tout dire, qui fait qu’il doit, pour être compris, être « habité » d’une intention, d’une attente, d’une vérité. En un mot, d’une parole. Il y a donc  entre langage et parole une division, l’une étant la transcendance de l’autre.

Le Fils de l’homme, c’est à dire Jésus en tant qu’il s’est toujours nommé ainsi, est le symbole du langage et de la parole non divisés, unifiés. Sa résurrection, mythique ou réelle suivant la foi de chacun, annoncée depuis l’ancien testament, c’est à dire depuis que l’homme se pose la question d’une vérité autre que celle qu’il peut maîtriser, témoigne de cette unité. Le Christ est la manifestation, l’épreuve pourrait-on dire au sens photographique, du désir d’unifier langage et parole et qui chez les humains que nous sommes ne peut rester qu’inconscient, la volonté même d’être unifié étant déjà division. Cette unité entre langage et parole est le symbole de l’éternité puisqu’elle est hors temps et hors espace, ce qui explique la traversée des Écritures à travers les siècles et leur indéfectible actualité au présent de chacun. Ce désir inconscient que l’on perçoit, pour qui peut l’entendre, déjà chez le nouveau-né et qui l’inscrit en tant qu’humain dans l’humanité. C’est au nom de ce désir que nous croyons qu’il entend la parole qui s’énonce à travers le langage que nous prononçons et qu’il ne peut saisir. Dire qu’un nouveau-né ne peut pas comprendre ce qu’on lui dit c’est nier cette dimension de désir en lui. Tout enseignement qui ne prendrait pas en compte le désir de cette inscription ne peut être reçu par celui à qui il s’adresse. Lorsqu’un enfant qui apprend à lire et à écrire est en échec, c’est qu’il se trouve pris dans les raies d’une névrose qui barre le désir d’un refus, l’empêchant de percevoir inconsciemment cette inscription symbolique en lui qui le ferait entrer, en lisant et en écrivant, dans la joie et l’intelligence de l’humanité toute entière.

Jean-Marie Quéré

Comprendre pleinement le sens de l’expression « élévation du Fils de l’homme » est une vraie gageure, elle risque toujours de perdre un peu de sa force. Le Fils de l’homme avec toute la richesse de ces termes est une figure vétéro-testamentaire du juge eschatologique. Qu’il soit élevé sur la croix est un scandale. Il y a donc dans le jugement ultime une dimension dramatique assumée par le Fils là même où il témoigne de son père et le représente.  Mais cet écart entre la parole et le langage n’est-il pas toujours au risque d’un drame ?

Bruno Demoures