Archives mensuelles : juin 2014

Matthieu 5, 38-42 Oeil pour oeil, dent pour dent

Lundi 16 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil et dent pour dent. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! »

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Il ne s’agit sans doute pas d’entendre ce qui nous est dit ici comme un enseignement à une quelconque forme de sagesse. Mais peut-être davantage de découvrir qu’il y a une manière de recevoir la violence, œil pour œil et dent pour dent, comme un outrage narcissique. Comme nous l’apprennent les situations de conflits, la force de la fascination du regard, par une relation en miroir, et la puissance orale, jusqu’à mordre l’autre que ce soit au sens propre ou en se nourrissant de sa détresse, sont bien souvent les composantes d’une relation duelle dans laquelle nous nous retrouvons empruntés.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 33-37 – L’ambivalence –

Samedi 14 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu, ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi. Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir. Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

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Dire que la terre est le marchepied du ciel n’est-ce pas soutenir que le règne du visible est le marchepied du règne de l’invisible ! La psychanalyse, qui ne s’attache qu’à ce qui se dit le temps des séances, soutient cette dimension de l’invisible comme fondatrice de la condition humaine. En effet nous n’avons jamais vu une parole, nous ne pouvons que l’entendre. C’est à considérer cet invisible, entendre ce que nous disons parce que c’est entendu par un autre, que nous pouvons discerner notre propre ambivalence qui fait que notre « oui » est souvent un  « non et notre « non » parfois un « oui ».

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 27-32 – Corps intègre –

Vendredi 13 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu ne commettras pas d’adultère. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur. Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne. Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne. Il a été dit également : Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. « 

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Il est bien difficile, à lire ce texte, à ne pas se laisser prendre soit par la culpabilité soit par un rigorisme valeureux. Ce qui, et la clinique nous l’apprend tous les jours, va immanquablement de pair. La culpabilité étant entendue comme ce qui nous coupe de la pensée.  Il y est, à l’analyser comme nous pourrions analyser le discours d’un rêve, question de cœur et de corps morcelé. L’adultère y est présenté en premier lieu comme une question qui se pose dans le cœur. Donc d’abord face à soi tout en étant engagé dans une relation subjective. Le corps morcelé est celui, tout comme celui du nouveau-né, qui n’a pas encore trouvé son intégrité. Ses gestes sont désordonnés et ses membres sont dissociés les uns des autres. Il lui faudra la maturation physiologique, à la condition qu’elle soit soutenue par ce que ses parents vont lui dire, –« ça y est tu as trouvé ton pouce » , « tu joues avec tes pieds » , pour que son corps devienne sien, non dissocié de lui. Ce n’est qu’à partir de cette intégrité, physiologique et psychique, qu’il sera prêt à entrer lui-même dans le langage et de perdre l’illusion, à avoir un corps entier,  de ne se laisser guider que par ses sensations.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 20-26 – Le feu de la parole

Jeudi 12 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait :  Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu. Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison. Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou.  »

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Il y a une justice plus grande que celle des règles édictées par les hommes, qui n’est pas étrangère au désir et qui nous fait découvrir qu’il y a dans nos agissements quotidiens tels que la colère, la médisance ou l’insulte, quelque chose qui a à voir avec la violence des pulsions archaïques et meurtrières. Se rappeler sans cesse que nous avons à les passer par le feu de la parole serait la véritable offrande.

Jean-Marie Quéré

Mt 10, 7-13 – La détermination

mercredi 11 juin 2014

Jésus appela ses douze disciples et leur donna le pouvoir d’expulser les esprits impurs et de guérir toute maladie et toute infirmité. Ces douze, Jésus les envoya en mission avec les instructions suivantes : « Sur votre route, proclamez que le royaume des Cieux est tout proche. Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. Ne vous procurez ni or ni argent, ni monnaie de cuivre à mettre dans vos ceintures, ni sac pour la route, ni tunique de rechange, ni sandales, ni bâton. L’ouvrier, en effet, mérite sa nourriture. Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez là jusqu’à votre départ. En entrant dans la maison, saluez ceux qui l’habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle. Si elle n’en est pas digne, que votre paix retourne vers vous.

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Le Royaume s’apparente au champ du désir inconscient toujours proche et jamais atteint dans lequel nous recevons et nous donnons sans nous rendre toujours compte de ce que nous faisons. Alors que nous pourrions croire qu’il y a là une forme de passivité et de déterminisme, il y a au fond une vraie mise au travail qui tout en nous engageant, engage notre relation à l’autre. Nos relations ne sont plus alors indexées par les apparences auxquelles notre moi s’attache  mais par une détermination indexée d’une paix intérieure qui pourtant nous échappe.

Jean-Marie Quéré

Matthieu 5, 13-16 – Le goût salé des larmes

mardi 10 juin 2014

Comme les disciples étaient rassemblés autour de Jésus sur la montagne, il leur disait :  » Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux « .

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Le goût du sel me fait penser à celui de nos larmes et la lumière à celle qui brille en nous lorsque les choses s’éclairent et que nous en saisissons le sens après le temps des larmes. Cette lumière là ne brille pas que pour nous. Elle rend témoignage à l’altérité radicale qui ne se découvre que lorsque nous acceptons qu’elle brille aussi devant les hommes.

Jean-Marie Quéré

Jean 21, 20-25 – L’insolence

Samedi 7 juin 2014

Jn 21, 20-25

Jésus dit à Pierre : « Suis-moi. » S’étant retourné, Pierre aperçoit, marchant à leur suite, le disciple que Jésus aimait. C’est lui qui, pendant le repas, s’était penché sur la poitrine de Jésus pour lui dire : « Seigneur, quel est celui qui va te livrer ? » Pierre, voyant donc cedisciple, dit à Jésus : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il ? » Jésus lui répond : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? Toi, suis-moi. » Le bruit courut donc parmi les frères que ce disciple ne mourrait pas. Or, Jésus n’avait pas dit à Pierre qu’il ne mourrait pas, mais : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ?  C’est ce disciple qui témoigne de ces choses et qui les a écrites, et nous savons que son témoignage est vrai. Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, je pense que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait.

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 « Que t’importe ? » : nous pourrions entendre là une forme d’insolence. Qu’il y a d’ailleurs sans doute, si nous entendons l’insolence comme cette détermination à aider l’autre par une parole, à revenir non pas tant en lui-même mais à ce qui nous invite sans cesse à nous laisser guider par le désir sans savoir par avance ce vers quoi ça va nous mener.

Jean-Marie Quéré

Jean 21, 15-19 – Suivre le désir

Vendredi 6 juin 2014

Après le repas au bord du lac, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »

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Il est une chose de reconnaître la permanence du désir que le personnage de Jésus nous invite à découvrir. Il en est une autre d’entendre cette interrogation insistante qui nous invite à nous questionner sur notre rapport avec lui. Ce n’est donc pas une évidence d’aimer le désir. D’autant plus quand nous découvrons qu’il est indexé d’une dimension inconsciente qui nous échappe totalement. Aimer le désir, et par voie de conséquence la manière dont il se décline dans notre rapport aux autres et notre vie quotidienne, nous invite à nous en remettre à lui et non pas à l’image du moi sur laquelle nous gardons toujours une maîtrise. Il s’agit alors d’aimer et de suivre, en un mot d’être,  ce qui, de  nous, nous échappe.

Jean-Marie Quéré

Jean 17, 20-26 – Un désir bien plus vaste

Jeudi 5 juin 2014

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il priait ainsi : « Père, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

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C’est en parlant que nous découvrons qu’il y en nous le désir de parler pour se dire, se découvrir, se partager. Jusqu’à découvrir que ce désir, qui nous réinvite sans cesse à parler sans arriver jamais à tout pouvoir dire, est une altérité en nous bien plus vaste qu’une simple volonté de s’exprimer. C’est de cela dont la psychanalyse est une des garantes sans concession.

Jean-Marie Quéré

Jean 17, 11b-19 – L’antonyme du symbole –

Mercredi 4 juin 2014
À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il priait ainsi : « Père saint, garde ceux que tu m’as donnés unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde. Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »

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Ainsi le Maître du désir s’adresse à la représentation de ce qui échappe radicalement. Parole, creuset de tout symbole, qui tente d’unifier les hommes tout en reconnaissant que celui qui va à sa perte est aussi parmi nous, est aussi en nous. Le Mauvais ici est nommé avec sa majuscule. Au sens étymologique, le diabolique est l’antonyme du symbolique. C’est dire que plutôt d’unifier, il est ce qui divise. Mais tout comme le symbolique qui ne parvient jamais totalement à nous unifier, le diabolique ne parvient jamais totalement à nous diviser.

Jean-Marie Quéré