Lettre de Bruno Demoures, moine de Tamié

Dimanche 21 décembre 2014

Suite à la lecture de mon billet du jeudi 18 décembre à partir de la phrase : « Il prit chez lui son épouse », Bruno Demoures m’a écrit afin de préciser un point de traduction pour le moins important :

A propos du billet de jeudi,  en grec le verbe employé par Matthieu et traduit par « prendre » est paralambanô. Il n’est pas dans l’Ancien Testament autant que j’aie pu voir mais uniquement dans le nouveau. Il a un sens fort mais qu’on ne peut pas rapprocher d’un sens sexuel. Dans les deux premiers chapitres de Matthieu il apparaît à 6 reprises, ce qui n’est pas mal pour un verbe présent 16 fois dans tout le texte. Il y est appliqué en particulier à Joseph qui doit « prendre l’enfant et sa mère » pour fuir en Égypte ou revenir d’Égypte.  Plus loin dans l’évangile, il est appliqué aussi à Jésus qui prend Pierre Jacques et Jean sur la montagne de la transfiguration ou à Gethsémani.  C’est un « prendre » fort, intense, qui dit un véritable accompagnement. L’euphémisme biblique classique à propos du sexe est connaître (ginôskô en grec). Ce qui est loin d’être inintéressant. je repensais beaucoup ces jours-ci aux trois libido de Saint Augustin par lesquelles le désir risque de s’enliser : libido sentiendi (la sensualité), libido sciendi (volonté de savoir à tout prix, nous y voilà) et libido dominandi. Du coup que la bible parle aussi de connaissance à propos de sexe n’est pas sans intérêt. Ici d’ailleurs le texte de Matthieu précise explicitement « il ne la connut pas » (ouk eginôsken autên).

Bruno Demoures,  moine de Tamié